Rétro
Astronomie arabe et musulmane
1- Introduction
Durant le Moyen Age, la civilisation arabe a joué la continuité de la civilisation byzantine (Corpus Iuris Civilius justinien).
Byzance étendait son influence sur l'Asie Mineure.
Les califats dominaient la Perse, l'Arabie, l'Espagne, et la Sicile. La langue commune était l'arabe. Une forte civilisation existait au Yémen, avec ses poètes, ses agriculteurs et ses bédouins qui utilisent les étoiles pour leur vie de tous les jours : plantations, traversées du désert...
Durant la période héroïque de la conquête, de la mort du Prophète en 632 à la défaite de Poitiers en 732, les Arabes ont fait très peu d'études astronomiques.
2- Les bases astronomiques de l'Astronomie arabe
Les premiers éléments d'astronomie sont pour la plupart dérivés de l'Inde :
- position et mouvement des principaux astres pour s'orienter,
- époque d'apparition des étoiles les plus brillantes pour régler la vie annuelle,
- connaissance de Vénus et de Mercure.
Le "Brâhmasphutasiddhânta" écrit en sanscrit par Bramagupta (628) fut traduit en arabe en 771 (As-Sind-hint) sous le Calife Al-Mansour de Baghdad (califat des Abassides). Baghdad devient le centre culturel et scientifique le plus brillant de l'époque. C'est à cette époque que les Arabes adoptent les signes trigonométriques hindoux.
Le second apport à l'Astronomie Arabe fut persan. Il se produisit dans la seconde moitié du VIIIe siècle par la rédaction des "Tables Astronomiques du Roi" (Zik i Shator-ayar), jusqu'au milieu du XIe siècle. Celles-ci furent surtout améliorées par l'Astronomie Arabe naissante.
Au VIIIe siècle
- L'astronome Ibrahim ibn Habib al-Fazari traçait les éléments et les méthodes de calcul de ses tables astronomiques (Zig) adaptées aux années lunaires musulmanes,
- L'astronome Ya'qud ibn Tariq rédigeait un texte sur la composition des sphères célestes.
L'un des principaux travaux de cette époque fut l'adaptation des tables astronomiques pour le méridien d'Uzayn, considéré comme le méridien central des terres habitées (à comparer avec celui utilisé par Ptolémée).
3- Les Arabes et l'Almageste
La plus grande impulsion à l'Astronomie Arabe allait venir de l'astronomie de Ptolémée. L'Almageste fut traduit une première fois au milieu du VIIIe siècle par le mécénat de la famille des Barmecidi. La traduction fut assez médiocre et pas assez proche du texte de Ptolémée.
L'influence de l'Almageste se fit sentir chez les Arabes après les meilleures traductions, parmi lesquelles :
- celle d'Al-Haggiag ibn Yusf ibn Matar (827-28),
- celle de Hunayn ibn Ishàq (milieu du IXe siècle), traduction revue par Thabit ibn Qurrah, l'un des meilleurs scientifiques arabes qui vécut à Baghdad (835-901). Thabit traduisit de nombreux ouvrages grecs de mathématiques, d'astronomie, de géographie et fut l'auteur de la théorie fixe de la trépidation et de l'oscillation des étoiles fixes qui s'avéra fausse bien plus tard.
De nombreux astronomes arabes furent de bons observateurs et d'habiles calculateurs. Ils surent confronter avec perspicacité le résultat de leurs observations avec la prévision de leurs calculs.
A cette époque, la contribution des astronomes arabes à l'astronomie se fit en trois points essentiels :
- récolte d'observations,
- amélioration des instruments d'observation astronomique,
- développement de méthodes mathématiques pour une meilleure représentation des mouvements apparents des corps célestes.
4- Les observations astronomiques et les instruments arabes
Dès le califat d'Al-Ma'mum (813-833), les observations astronomiques eurent lieu durant des rassemblements entre astronomes et mathématiciens. Les deux premiers étaient établis à Damas et à Baghdad, et continuèrent leurs travaux jusqu'à la fin du Xe siècle.
Les principaux astronomes et mathématiciens furent :
- Al-Kuwarizmi, mort après 847. C'est de la déformation de son nom que naît le mot "algorithme".
- Yahya ibn Mansour, mort en 830, crée l'oeuvre capitale de l'Astronomie Arabe "az Zig al-muntahan" (Tables astronomiques). Elles furent un progrès sur l'Almageste, notamment par la précision des observations astronomiques.
- Thabit ibn Qurrah (IXe-Xe siècle), traducteur d'ouvrages grecs et théoricien de la trépidation des étoiles fixes.
- Al-Farghani (XIe siècle). Ses oeuvres traduites en latin furent utilisées jusqu'à la fin de la Renaissance.
- Abu-I-Wafa al-Buzagiani (940-998) apporte de grands progrès à la trigonométrie sphérique. C'est un grand géomètre et un grand arithmétiste.
- Les observateurs de Rakhah sur l'Euphrate et d'Antioche parmi lesquels l'astronome musulman le plus éminent, El-Battani (858-929), connu spécialement pour la mesure de la précession et du mouvement de l'apogée du soleil, pour ses observations précises et pour ses développements de la trigonométrie sphérique.
- Al-Zarquali (XIIe siècle) contribua au mouvement propre de l'apogée du soleil ; son influence sur l'Europe durera jusqu'à la fin du XVIe siècle (Table Tolédances).
- Les astronomes du Caire, d'Afghanistan, là où vécut le célèbre Al-Buruni (973-1048), le plus éminent scientifique du Moyen Age musulman.
- Dans une époque plus avancée, notons les observateurs de Maragah (Perse occidentale), Observatoire fondé par Nassir Eddine avec les meilleurs instruments de précision de l'époque.
- Et, enfin, l'observatoire de Samarkande (Turkestan), fondé par Ulug Begh, neveu de Tamerlan, vers 1420. C'est dans cet observatoire que fut édité l'un des plus importants catalogues d'étoiles.
Les instruments utilisés furent des cadrans muraux, l'alidade longue, la montre solaire et celle à eau. La précision obtenue fut supérieure à celle d'Hipparque et de Ptolémée. Elle fut comparable à celle de Tycho-brahé (1546-1601), quelques siècles plus tard. Celui-ci fut le dernier observateur à l'oeil nu avant l'utilisation de la lunette par Galilée.
Les instruments portables tels que les astrolabes (originaires des grecs du temps d'Hipparque mais fortement perfectionnés par les Arabes) leur permirent la détermination de l'angle horaire à travers la résolution graficomécanique du triangle sphérique.
Parmi les découvertes faites par les astronomes arabes, il faut noter :
4.1- Le mouvement des apogées planétaires et solaires
L'un des grands mérites des astronomes du Califat d'Al-Ma'mun (813-833) est d'avoir reconnu que l'apogée du soleil est soumis au même mouvement de précession que les étoiles fixes et que les planètes. Ce fut la grande découverte de l'Astronomie Arabe.
Notons que cette conclusion passe par la mesure de l'année sidérale, temps mis par le soleil pour se retrouver au niveau d'une même étoile de référence, et de l'année anomalique, temps mis par le soleil pour repasser à son apogée.
Ces mesures faites par les astronomes arabes furent surprenantes.
Thabit (IX-Xe siècle) trouva :
- 365j 6h 12mn 9sec pour l'année anomalique,
- 365j 6h 13mn 53 sec pour l'année sidérale.
Soit une différence de temps de 2 minutes seulement.
Az-Zarqali (XIIe siècle) a même attribué au mouvement de l'apogée du soleil un petit mouvement différent de la pression.
Cependant, ils n'ont pas découvert que ce mouvement de précession ne peut qu'être dû au mouvement autour du soleil, qui est connu depuis l'antiquité (Aristarque de Samos).
4.2- La variation de l'obliquité de l'écliptique
La mesure de la déclination des astres par leur passage au méridien permet soit la mesure de l'inclinaison de l'écliptique, soit la détermination de la date de l'équinoxe.
Les bonnes observations arabes permirent de découvrir la variation dans le temps de l'obliquité de l'écliptique.
En Grèce, d'Erastothène à Ptolémée, on admit la valeur de 23° 51' 20'' pour l'obliquité de l'écliptique.
La mesure de AL-Battani (IXe siècle) de 23° 35' avec une précision inférieure à la minute d'arc, put s'interpréter soit par une variation lente de l'obliquité, soit par une oscillation. Les astronomes arabes n'avaient ni les instruments précis, ni les théories pour conclure. Il fallait donc attendre la fin du XVIIIe siècle pour savoir que cette variation est une lente oscillation dans les limites de 2° 30'.
4.3- Le mouvement de Vénus
Ptolémée assigne à Vénus un épicycle de la planète différent de celui du soleil, alors qu'Euraclide propose que l'épicycle de la planète est dans le soleil.
La précision des observations des astronomes arabes leur permit de mettre en évidence une parfaite concordance de comportement de l'apogée, de l'excentricité et de l'équation du centre de Vénus avec les mêmes éléments du soleil, chose que Plotémée aurait pu faire en choisissant les rayons relatifs des épicycles de Vénus et en transformant cette dernière en satellite du soleil.
Voici les quelques découvertes essentielles des astronomes arabes. On peut y ajouter d'autres comme la troisième inégalité du mouvement de la lune, celle de trigonométrie sphérique, des mathématiques et de la géodésie qui paraissent fort difficiles pour l'époque.
5- Les astronomes arabes et la nature physique des sphères célestes
Les sphères célestes ont été introduites dans l'astronomie par Eudice de Cnide (408-355 avant J.-C.), qui fut appelé le divin parce qu'il répondit à la question de Platon : Comment représenter les mouvements des planètes ? Plus tard, Aristote les encastra les unes dans les autres enfermant ainsi l'Univers dans des sphères de "cristal". Eudice proposa 27 sphères et, en 1535, Girolamo Fracastro en proposa 79. Ptolémée préfère laisser courir les planètes sur des cercles. Mais en conclusion, la théorie des sphères semble avoir intéressé beaucoup plus les philosophes que les réels astronomes.
Des questions plus physiques apostrophèrent les Arabes, l'origine de la lumière des planètes et des étoiles, par exemple.
Tous les philosophes et les astronomes arabes reconnaissent que la lumière lunaire vient du Soleil, les seules discussions ont lieu sur les mécanismes de réflexion de cette lumière.
Plusieurs philosophies sont émises pour les tâches lunaires par les différents astronomes : les Syriens proposent des montagnes et des vallées, d'autres des vapeurs s'élevant de la surface lunaire, d'autres enfin, comme Averroès, proposent des variations de densité et d'opacité du sol lunaire.
Par contre, il est admis à l'époque que les étoiles et les planètes brillent de leur propre lumière.
Al-Bitrugi (fin du XIIe siècle), dit Alpetragius, dit que Vénus et Mercure ont leur lumière propre puisqu'elles n'ont pas de phase "comme la Lune".
Il est à noter que les phases de Vénus ont été découvertes par Galilée avec sa lunette. Il a ainsi été convaincu que Vénus tournait autour du Soleil et que, par conséquent, le système de l'Univers d'alors était héliocentrique.
Fakhr ad-din ar-Razi indique avoir vu des tâches sur le Soleil. Elles furent interprétées à tort comme le passage de Mercure ou de Vénus sur le disque solaire, passage que Ptolémée refusait de concevoir.
Par leurs calculs, les Arabes démontrèrent la possibilité de ces passages.
6- La diffusion de l'Astronomie arabe en Occident européen
L'Occident européen a connu l'astronomie grecque par les textes latins et castillans (espagnols) traduits des textes arabes qui eux-mêmes furent traduits des textes grecs. Dans de tels textes, on peut aujourd'hui retrouver l'apport de l'Astronomie arabe.
Deux centres furent particulièrement des lieux de rencontre entre les civilisations arabe et européenne :
- L'école médicale de Salerne (Italie) vers 850. Son rapprochement avec le monde culturel arabe se fit spécialement à travers la collaboration d'éléments hébreux (le philosophe Maimonide, Xe siècle).
- Les centres culturels d'Espagne comme celui de Tolède sous le règne d'Alphonse X, Roi de Léone et de Castille, XIIIe siècle. Il fut lui-même un grand astronome et rédigea avec l'aide du rabbin Isaac Abensid (dit Hazar) les fameuses "Tables Alfonsines" ainsi que la volumineuse encyclopédie en plusieurs volumes dite "Libros del Saber".
Notons aussi quelques traductions de textes arabes en latin dans le domaine astronomique au XIIe siècle :
- celles de Gérard de Cremone et Jean de Seville qui traduisirent :
- les écrits d'Al-Kuwarizmi,
- le compondium de l'astronomie d'Al-Farghani, XIe siècle, très utilisé jusqu'au XVIe siècle et cité par Dante dans son "Convino",
- le texte "de motu octavae sphera" de Thabit, qui a eu un grand succès,
- le traité d'astrologie d'Alcabrizio, qui a eu une grande diffusion en Europe.
- celles de Plato de Tivoli (Italie) qui traduisit :
- "as-Zig" d'Al-Battani qui furent utilisées jusqu'au XVIIe siècle,
- "Opticae Thesaurus" d'Al-Haytam, utilisées jusqu'au XVIe siècle.
7- L'influence de l'Astronomie arabe
Etudier l'influence de l'Astronomie arabe est écrire l'histoire de l'astronomie du XIIe au XVIe siècle où l'astronomie occidentale est la continuation de l'Astronomie Arabe sur le chemin tracé par Hipparque et Ptolémée.
Quelques astronomes européens ont effectué des travaux importants, mais ils ne purent se mesurer avec les astronomes arabes dont les découvertes furent essentielles :
- variation de l'inclinaison de l'écliptique sur le plan équatorial,
- mouvement de l'apogée du Soleil,
- la troisième inégalité du mouvement lunaire.
Nous donnerons cependant ici quelques noms d'astronomes européens avec leurs principales découvertes :
- Ruggero Bacone, XIIe siècle. On lui doit un calcul précis de la précession des équinoxes et la prévision de la nécessité de réformer le calendrier.
- Jean de Holyhood, XIIe siècle, dit Sacrobosco, qui écrivit le traité d'astronomie sphérique "Sphera mundi" encore utilisé au XVIIe siècle.
- Jean Bianchini de Ferrare, XVe siècle, qui rédigea la "Nuova Tavola dei Movimenti Celesti".
- Le centre de Vienne, XVe siècle, avec Geoges Pubach, le célèbre mécène Bernard Walther (constructeur d'instruments astronomiques), et Jean Müller, dit Regiomontanus qui fut le réanimateur de l'astronomie en Europe.
- Enfin, Antonio Magini de Bologne, contemporain de Galilée, auteur de volumineuses tables astronomiques.
Vers le XVe siècle, et du point de vue strictement astronomique, l'Europe assiste à la décadence de la culture arabe en Espagne et à l'arrêt complet de la science astronomique.
Par contre, en Orient, la mesure de la variation de l'inclinaison de l'écliptique se poursuit au XIVe par Ibn ash Shatir.
Aussi, à Samarcande (en Perse), le Sultan Ulug Begh, neveu de Tamerlan, fonda une Académie des Sciences avec un Observatoire d'avant-garde avec un gnomon de 180 pieds.
Là, de nombreux astronomes musulmans éminents donnèrent les "Tables du Soleil" qui furent les précises Tables de l'astronomie musulmane et qui furent aussi plus précises que celles de Képler "Tabulae Rudolphianae".
8- L'Astronomie arabe et le système héliocentrique
La question est : pourquoi les Arabe, si habiles observateurs, ayant obtenu des succès notables en théorie, sont-ils restés sans progrès notables en cosmologie ?
Pourquoi ont-ils poursuivi l'étude des sphères qui est loin de la hauteur de leurs capacités d'observation et de leurs mathématiques ?
Ils se sont empêtrés dans les sphères de Ptolémée alors qu'ils avaient les moyens de décider qui était le centre de l'Univers, ou bien la Terre, ou bien le Soleil.
Pourtant, les connaissances issues de l'observation à Baghdad, en Egypte et en Espagne étaient celles qu'avait eues plus tard à sa disposition Copernic. Les astronomes arabes avaient aussi les connaissances grecques, celles d'Euraclide et d'Aristaque de Samos. Ils auraient pu trancher.
Il est étonnant que la simplicité copernicienne leur ait échappé. C'est Copernic qui a su mathématiquement et géométriquement retrouver le système héliocentrique.
Peut-être que leur interprétation du Coran leur donnait une interprétation géocentrique de l'Univers ?
Avant les découvertes de Galilée, Copernic a passé une dizaine d'années en Italie au moment de la Renaissance. Le bouillonnement des idées dans les Universités où tout était remis en cause, lui a permis de développer les mathématiques pour expliquer le système héliocentrique de l'Univers de l'époque (le système solaire).
Ces développements mathématiques furent les seuls arguments indiscutables qui purent le convaincre de la "vérité" de sa conception du Monde.
La science grecque perdue et retrouvée
Héritage grec et indien
La science ancienne fit son entrée dans le Califat de Bagdad au VIIIe siècle. Elle fut apportée en premier lieu par les chrétiens nestoriens qui avaient trouvé refuge en Perse et y avaient ouvert des écoles ; ils avaient ainsi conservé une partie de l'héritage grec qu'ils purent transmettre à leur tour.
Nestorius (mort en 450), patriarche de Constantinople : séparation de la nature divine et humaine du Christ ; diffusion de ces croyances vers le Moyen-Orient et la Chine.
Un apport de la science indienne eut lieu ensuite assez rapidement.
L'Inde avait accueilli, à la suite des conquêtes d'Alexandre, les sciences de l'époque, pour une partie grecques, pour une partie babyloniennes. Pendant la dynastie Gupta en Hindoustan (400-650), les Indiens avaient développé des ouvrages de mathématiques et d'astronomie : les Siddhantas, "les Solutions" (l'auteur le plus connu est Brahmagupta, né en 598).
Un représentant de la science indienne parvint à Bagdad en 773 ; sur ordre du calife de Bagdad Abu Jafar al Mansur (754-775), le Persan al-Fazari traduisit la Siddhanta "Le temps des temps". Les Siddhantas contenaient des tables astronomiques - sans théorie sous-jacente, mais avec un mode d'emploi.
La science grecque perdue et retrouvée
Traductions et Mécénats
Le VIIIe siècle est celui des traductions - le papier avait fait son apparition à Bagdad ; on traduisait à tour de bras ; des émissaires spéciaux recherchaient des manuscrits un peu partout. Les savants étaient aussi bien d'origine juive, chrétienne ou autre ; leur langue d'origine était le syriaque, le pehlvi ou le grec.
Le développement des traductions, en particulier des ouvrages grecs, devint très important sous le calife abbasside Abdallah al Ma'mun (813-833). Le calife lui même obtint de l'Empereur de Byzance le texte grec des éléments d'Euclide.
Il s'intéressa particulièrement à la "Maison de la Sagesse" créée par son prédécesseur ; celle-ci comprenait une bibliothèque et un observatoire. Dans cette institution, les savants étaient payés par le calife : c'est le début du mécénat.
L'intérêt des califes en général portait sur la médecine, les sciences naturelles, la géographie, les mathématiques, l'astronomie (y compris tout ce qui concerne le calendrier et la mesure du temps) et l'astrologie ; cette dernière était nécessaire à la pratique entre autres de la médecine telle qu'elle était conçue à l'époque.
Assez rapidement, la plus grande partie des ouvrages grecs vont être traduits, en particulier ceux de Ptolémée et d'Aristote pour le sujet qui nous concerne.
5 traductions de l'Almageste dont la 1ère en syriaque ; il nous en reste actuellement 2.
Contrairement à la Bible, le Coran ne se préoccupe pas de la nature physique du monde ; on n'y parle pas ni du mouvement des astres ni de la forme de la terre. Aucune gymnastique théologique n'est nécessaire pour adopter les méthodes et le travail des anciens.
L'intérêt pour l'astronomie en pays arabe sera très grand ; ses liens avec la pratique de la religion sont nombreux :
- définition du calendrier lunaire, en particulier pour définir le début du Ramadan - 9e mois du calendrier ;
- les moments des 5 prières sont rapportées à l'altitude du soleil ;
- l'orientation vers la Ka'ba (édifice au coeur de la Mecque) nécessite de déterminer la direction vers la ville sainte en tout point de l'empire : pour la prière, pour la position des morts, pour l'abattage rituel des animaux. Le mihrab (emplacement réservé à l'imam pour prononcer le discours de la prière) indique la qibla, c'est-à-dire la direction de la Mecque.
Astronomie arabe à l'est de la Méditerranée aux IXe et Xe siècles
Les premiers travaux
Les 1ères tables astronomiques arabes furent publiées au IXe siècle par al-Khawarizmi (leur origine indienne est certaine : les données correspondent au méridien de Udshaïn).
Un ouvrage d'astrologie d'Abu Ma'shar fut largement et longtemps diffusé en 1486.
Un abrégé du travail de Ptolémée fut écrit par Al-Farghani (mort en 861) (groupe du Calife Al-Ma'mun) - 30 chapitres à caractère descriptif - une cosmographie : aucune démonstration mathématique.
Sous Al-Ma'mun (813-833), on entreprend des campagnes d'observations systématiques, on vérifie les paramètres des modèles planétaires à Bagdad et à Damas ; le Calife fit mesurer un degré de latitude pour vérifier le diamètre de la terre ; on veut préciser la latitude du lieu, l'inclinaison de l'écliptique...
Il s'agit des 1ères vérifications précises de mesure depuis Ptolémée.
Sous la direction du coordonnateur Yahya ben Abi Mansur (mort en 832), l'équipe des astronomes de Bagdad refit des mesures pour établir des "Tables" scientifiquement vérifiées : ce sera "La Table Vérifiée" - "al zij al mumtahan" ; il est noté que l'apogée du Soleil varie comme le point gamma par rapport aux étoiles fixes contrairement à ce que disait Ptolémée. Plus vaste entreprise encore, "Le livre de l'année solaire" : initiative probable des frères Banu Musa (avant 850) de réécriture de l'Almageste - ils observaient de leur propre maison à Bagdad.
Instruments et Observatoires
Les IXe et Xe siècles sont ceux des grands instruments.
Ces instruments sont les classiques quadrants, planisphère, astrolabe, alidade, globe, cadran solaire qui accompagnaient tous les observatoires. On a encore peu de détails sur leur précision - les textes qui les décrivent sont encore à étudier - mais ils n'étaient pas toujours aussi précis que leur taille pourrait le faire penser. Il ne faut pas oublier aussi les immenses horloges à eau qui souvent étaient aussi au centre des villes, fournissant l'heure aux passants.
Fakhr Al Dwala fit construire à Rayy (12 km au sud de Téhéran) une immense chambre noire dont le sol était un hémisphère de 7,5 m de diamètre afin de suivre les rayons solaires : gigantesque cadran solaire. Un autre de 25 m de diamètre est décrit par al-Biruni.
Principaux observatoires :
- Les plus célébres sont ceux de Damas et de Bagdad, ainsi que celui de Maragha (Perse) et celui de Samarcande (1420), mais il y eut aussi tous ceux des astronomes qui avaient leur lieu d'étude privé.
- Un prince turc Sharaf Al Dwala fit construire un observatoire dans son propre jardin à Bagdad avec un bâtiment sphérique de 12 m de diamètre.
Espagne aux XIe et XIIe siècles sous le califat de Cordoue
Dynastie omeyyade : origine Damas
Maslama al-Majriti (mort en 1008) réédita à Madrid les tables d'al-Khawarizmi sous forme de recension (étude critique), révisa la traduction du planisphère de Ptolémée et préserva la théorie de l'astrolabe.
Après 1030, 3 centres scientifiques : Saragosse, Tolède et Séville ; développement des mathématiques : traité de trigo sphérique. En astronomie : le " Liber de motu octavae spherae " (traduction latine) est d'origine tolédane.
On y trouve la célèbre théorie des trépidations de la sphère des étoiles fixes.
Ptolémée avait avec Hipparque fixé la précession à 1 par siècle. Un mouvement plus rapide avait été mis en évidence par les Arabes : la conclusion fut que la précession était variable et se traduisait par une oscillation des équinoxes. De plus, une autre oscillation avait été détectée par une diminution de l'obliquité de l'écliptique. L'auteur maintenant considéré comme anonyme combina dans sa théorie des trépidations les oscillations - mouvement de va et vient - et la dérive lente de la droite des équinoxes : il faisait décrire un petit cercle de rayon 4 en 4000 ans au point zéro de l'écliptique. Cette théorie compliquée fut acceptée jusqu'à la fin du Moyen Age. On voit ici les effets combinés de nouveaux résultats et d'anciennes mesures.
Ibn al-Zarqalluh (Azarquiel) (1029-1087) publia les "Tables dites Tolédanes" : rappel du méridien de référence ; on y trouve une description d'appareils avec leur utilisation, en particulier pour l'astrolabe.
- Il a estimé le mouvement propre de l'apogée solaire 1 en 279 ans (vrai : 318 ans) ; al-Biruni avait distingué ce mouvement propre du mouvement de précession, al-Zarqalluh leur donne des valeurs.
- Les Tables Tolédanes : mélange hétéroclite dont les origines sont formées de parties de tables et canons d'al-Zarqalluh lui même, de parties d'al-Khawarizmi, d'al-Battani et d'autres des "Tables faciles" de Ptolémée et du "Liber de motu octavae spherae".
- Ces Tables n'ont pas, du fait des sources variées auxquelles elles se réfèrent, de schéma astronomique sous-jacent qui soit cohérent. Elles joueront toutefois un grand rôle au Moyen Age.
- Avec la reconquête des chrétiens, facilitée par les dissensions entre les tribus arabes, on assiste à la fin de la puissance arabe en Espagne. Le travail piloté par le roi castillan Alphonse X surnommé "le Sage" peut être considéré comme le dernier rejeton de l'Astronomie Arabe en Espagne ; Alphonse X réunit autour de lui de nombreux astronomes pour construire de nouvelles tables astronomiques. Les "Tables alphonsines" furent en usage pendant 3 siècles jusqu'au milieu du XVIe siècle. Le leader du groupe fut un Juif Isaac ben Said.
Astronomie au Moyen-Orient du XIIIe au XVe siècle
L'histoire se continue chez les maîtres mongols Hulagu il Khan, petit-fils de Genghis Khan.
Un observatoire est construit à Maragha près de Tabriz en Perse sous la direction de Nasir al-Din al-Tusi (1201-1274) qui établit en 1259 un programme pour les 30 ans à venir. Un groupe de 10 astronomes est réuni.
Al-Tusi publia "Les Tables Ilkaniques" avec ses collaborateurs.
Il est connu par "sa solution" qui permet de traduire un mouvement rectiligne par des mouvements circulaires : "couple d'al-Tusi".
A cette école de pensée orientale est relié Ibn Al-Shatir (XIVe siècle). Cet astronome original a proposé pour le Soleil un modèle alternatif à celui de Ptolémée.
Publication d'Al-Shatir : "La quête finale concernant la rectification des principes".
Ulugh Beg et Al-Kashi
Plus au nord, on trouve à Samarkand au XVe siècle le groupe d'Ulugh Beg et ses élèves. Ulugh Beg était le souverain du Turkestan : successeur, 2 générations plus tard de Tamerlan ; c'était un passionné d'astronomie, il fit construire un observatoire dont on peut voir quelques restes encore actuellement (dôme de 50 m de diamètre et 35 m de hauteur ; quadrant de 40 m de rayon).
Lui-même et son équipe (al-Kashi, en 1410, est le plus célèbre astronome d'entre eux) ont établi des tables : les "sultani zij".
Ils y proposent un catalogue de 1018 d'étoiles et des tables de sinus et de tangentes extraordinairement précises - au 5e chiffre après la virgule en notation sexagésimale.
BILAN Les écoles de pensée : trois traditions
- Parmi les astronomes qui ne remirent pas en cause les modèles de Ptolémée et qui considéraient l'aspect mathématique des problèmes à résoudre pour rendre compte des apparences, on distingue al-Khawarizmi, al-Kashi et al-Biruni.
- Les astronomes qui s'intéressèrent aux sous-entendus philosophiques de la tradition grecque : recherche d'une cohérence - observations / solution mathématique - strictement à partir du mouvement circulaire uniforme. Ils ont quelquefois proposé des solutions mathématiques ; par exemple, celle qui permet de traduire un mouvement linéaire avec une combinaison de cercles.
A cette tendance, on peut rattacher à peu près tous les astronomes de l'école de Maragha - mieux nommée école orientale : al-Tusi, al-Shatir, les élèves d'Ulugh Beg. La critique de Ptolémée a donné des propositions intéressantes au moins pour l'un d'entre eux : al-Shatir a proposé un modèle original pour la théorie du Soleil.
- La troisième tendance a été initiée par les traducteurs et commentateurs d'Aristote, c'est l'école andalouse. Beaucoup d'entre eux ont rejeté les épicycles et le point équant. Le représentant de cette tendance est Ibn Rushd qui considérait l'équant comme une violation du principe selon lequel la Terre doit être et est le centre de l'Univers. Ils ne proposaient pas de solutions.
Les tenants de la cosmologie d'Aristote
Au XIIe siècle, la philosophie d'Aristote fut étudiée et développée par les penseurs arabes, en particulier par Ibn Rushd (Averroes) en Espagne. Il publia des commentaires d'Aristote et développa surtout les aspects matérialistes et rationalistes de la pensée d'Aristote. La philosophie d'Ibn Rushd diffusa en Europe et fut condamnée comme une hérésie dangereuse par l'Eglise.
Lui et ses disciples pensaient que le mouvement circulaire autour d'un centre ne pouvait se faire que s'il se faisait autour d'un corps solide comme la terre ; d'autres penseurs (comme Moses ben Maimon dit Maimonide) et astronomes rejetaient tout à fait la théorie épicyclique. Ils s'opposèrent à une astronomie non purement aristotélicienne.
Question d'héritage
L'Europe du Nord au début du 2e millénaire ne possédait qu'un très faible bagage de connaissances et son démarrage culturel ne fut possible qu'avec les apports des Arabes -qu'ils soient d'origine arabe ou non - (le passage se fit par l'Espagne). Les intellectuels du Moyen Age furent très conscients de cet état de fait. Dès la Renaissance, le rejet de tout ce qui avait trait à la période précédente a été total - travail arabe inclus -. Aujourd'hui encore, la reconnaissance d'un héritage culturel arabe est controversée.
Opinions sur le rôle des astronomes arabes :
- Pour les esprits les plus chagrins : simple conservation des oeuvres de Ptolémée et rien de très neuf à part cela (J. Blamont : "Le chiffre et le songe", éd. O. Jacob).
D'après J. Blamont - très critique à l'égard des arabes - les observations n'étaient pas précises, ils n'avaient pas l'idée de déterminer le degré d'erreur des mesures et ce qu'ils faisaient ne servait pas à grand chose.
Ceci est partiellement vrai ; mais la notion de critique vis-à-vis des mesures n'apparaît que beaucoup plus tard ; en fait, elle apparaît avec Regiomontanus (mort en 1475) et a été mise en pratique par Tycho Brahé (mort en 1601).
- Les esprits moins négatifs diront qu'il faut tenir compte d'innovations : une théorie améliorée de la Lune, la détermination plus précise de nombreux paramètres ; c'est tout au moins ce qu'on aura pu dire dans les années 50.
Résultats de recherches récentes
Traces concrètes du travail arabe :
10 000 manuscrits ont été préservés et 1 000 instruments, mais ils sont pour la plupart d'époque assez tardive, il y en a eu beaucoup plus ; la production fut donc importante (tous les ouvrages n'ont pas transité vers l'Europe), mais les idées n'ont pas toujours une originalité énorme.
On commence maintenant à traduire de nouveaux textes qui sont très intéressants et même intrigants.
Maintenant on sait que certains ouvrages comme celui d'Ibn Al-Shatir (XIVe siècle) "La quête finale concernant la rectification des principes" sont une tentative pour de nouveaux modèles pour le Soleil, la Lune et les Planètes, et que cette démarche est originale. Ces modèles sont les mêmes que ceux qu'utilisa Copernic 150 ans plus tard. Connaissait-il ces ouvrages ? En tout cas, la vision de la contribution arabe change actuellement ; il y a beaucoup de textes à étudier et probablement encore beaucoup à découvrir.
Il faut certainement séparer la question d'héritage de la question du degré de développement scientifique des arabes pour y voir clair.
En conclusion :
Mis à part cette "occasion perdue" par les astronomes arabes, il faut savoir reconnaître en eux de grands observateurs, de grands facteurs d'instruments, de grands mathématiciens et donc de très grands astronomes. Ils ont apporté de grands progrès à notre Science contemporaine.
Astronomes arabes :
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