Sciences et société
Entretien avec le Professeur Guy Ourisson
Guy Ourisson est chimiste de formation, il est membre de l'Institut (Académie des Sciences). Il est Professeur émérite de l'Université Louis Pasteur de Strasbourg. Il est également Président de "la Fondation Alfred Kastler".
La Citoyenneté : Guy Ourisson, d'où vous est venue cette passion pour la chimie ?
Guy Ourisson : Je suis pratiquement né dans une usine chimique. Mon père était ingénieur chimiste. L'usine où il travaillait était située à Tahnn en Alsace et produisait de l'acide tartrique. C'est une usine historique, puisque Pasteur y a découvert l'acide racémique.
La Citoyenneté : Que sont devenus vos élèves ?
Guy Ourisson : J'ai eu des élèves qui sont devenus célèbres. Par exemple, Jean-Marie Lehn, Prix Nobel de Chimie 1987. Je suis également fier de Liliane de Lassus qui a fait une thèse de chimie organique et qui, 15 ans après, a été la première femme Directeur chez Renault.
La Citoyenneté : De plus en plus, on constate que les jeunes n'ont pas de motivation pour faire de la chimie ou de la physique. On prévoit une pénurie d'ici 2010. Que faut-il faire ?
Guy Ourisson : La pénurie se verra probablement beaucoup plus en physique, à cause d'une mauvaise image qui accompagne cette discipline. Les études sont difficiles, longues. Avec des études plus courtes et plus faciles, on peut espérer arriver à de meilleurs résultats. Je ne peux qu'encourager les opérations "La main à la pâte" pour expliquer aux enfants et leur montrer que la science peut être amusante et utile.
La Citoyenneté : Mais est-ce que les scientifiques ne sont pas eux-mêmes responsables de ce problème ?
Guy Ourisson : Les personnes qui peuvent parler avec autorité, doivent dire la vérité. C'est pour cela que j'accepte toutes les invitations pour parler devant des non-chimistes.
La Citoyenneté : Les Etats-Unis récupèrent souvent les chercheurs français qui partent à la retraite. Faudrait-il revoir l'âge de départ à la retraite ?
Guy Ourisson : Les USA récupèrent nos chercheurs. C'est un problème personnel, ponctuel, pour un certain nombre de personnes. Le véritable problème est celui du démarrage des jeunes chercheurs, de l'âge où ils deviennent indépendants. Par exemple, Jean-Marie Lehn avait 29 ans lorsqu'il est revenu de l'Université de Harvard. Il faut donc aider les jeunes, après leur doctorat ou post-doctorat, à devenir indépendants, afin qu'ils puissent remplacer les chercheurs qui partent.
Montpellier - Le 5 Juin 2001
|
|
|
|