Santé
La dépression : une maladie handicapante
Chaque fin d'année, le nombre de suicides augmente. Une grande vigilance s'impose dans les prisons, les hôpitaux et les maisons de retraite.
NOMBREUX sont ceux qui vivent seuls ou se sentent oubliés à l'occasion de cette fin d'année. Les fêtes sont en effet souvent propices à des cas de dépression.
"A chaque fois que j'ai un problème, je m'enferme et je m'isole", déclare Nathalie. "Je me mets à pleurer, je n'arrive plus à dormir et j'ai le sentiment d'être toute seule", ajoute-t-elle. Et pourtant, ses parents habitent la même ville qu'elle. "Ils ont eux aussi leurs propres problèmes et je ne veux pas les déranger", explique-t-elle.
"C'est ma nature, je déprime pour le moindre problème", précise-t-elle.
Un Français sur cinq exposé
Maladie handicapante et dangereuse, la dépression est caractérisée par une tristesse permanente, accompagnée de nombreux symptômes : pensées suicidaires, sentiment de culpabilité, troubles du sommeil et de l'appétit, colères excessives, crises de larmes... Des maux physiques permanents (maux de tête ou de dos, par exemple) peuvent traduire une dépression masquée.
En 1992, plus de la moitié des 12 000 suicides enregistrés en France étaient liés à un état dépressif.
On distingue deux types de dépression :
- La dépression aiguë : le sujet subit une attaque soudaine qui le paralyse, il s'enfonce dans un trou noir. Alors que certaines dépressions aiguës ne sont pas récidivantes, d'autres se répètent, avec des périodes de guérison plus ou moins longues.
- La dépression chronique récidivante : le sujet souffre d'un mal de vivre au quotidien, pouvant s'étaler sur une longue période, avec des petites phases de mieux-être.
Toutefois, une même personne peut présenter ces deux tableaux dépressifs.
Près d'un Français sur cinq est exposé au risque de faire une dépression, au moins une fois dans sa vie ! Notons qu'aucun milieu social, ni aucun âge de la vie n'est épargné par la maladie dépressive. Ainsi, l'enfant entre 3 et 13 ans peut subir la dépression, mais à une fréquence moindre que chez l'adulte. En ce qui concerne l'adolescence, période de transition souvent mal vécue, elle peut parfois être accompagnée de troubles graves (prise de drogues ou d'alcool, anorexie...), voire de suicides ou de tentatives de suicide. Les personnes âgées, quant à elles, peuvent être victimes d'une dépression, liée, dans certains cas, à la perte d'un être cher ou à une maladie organique telle que le sujet se sent moins autonome (baisse de la vue, maladie d'Alzheimer, problèmes articulaires...). Enfin, le "blues du post-partum" est une dépression qui toucherait 5 à 30 % des femmes après l'accouchement ; en fait, au moment d'une naissance, la femme quitte le rôle d'épouse ou de petite fille pour revêtir celui de mère ; elle revit alors ce qu'elle avait vécu, étant enfant, avec sa propre mère ; cet état est parfois renforcé par des problèmes liés au couple ou à l'emploi ; pendant la grossesse et après l'accouchement, l'équipe recevant la mère à la maternité constitue donc un grand soutien psychologique pour celle-ci.
Abordons maintenant les causes de la dépression. En psychiatrie, chaque cas de dépression est considéré comme unique et particulier. Ainsi est-on amené à chercher le type exact de maladie qui touche chaque patient. Plusieurs études ont montré que des modifications biochimiques du cerveau seraient responsables des différentes caractéristiques de la maladie. Parmi les facteurs biochimiques mis en cause, on distingue surtout la sérotonine et la noradrénaline, mais aussi la dopamine, qui sont des neuromédiateurs (molécules transmettant l'information d'un neurone à un autre), appartenant à la classe des monoamines dérivées d'acides aminés. Chez les personnes déprimées, l'activité de ces neuromédiateurs au niveau du cerveau serait réduite. Ces études ont permis de mettre au point des antidépresseurs, tels que le Prozac, le Zoloft, le Deroxat, ou, plus récemment, la Venlafaxine.
Parallèlement, l'ensemble composé de l'hypothalamus, de l'hypophyse, des glandes surrénales (se trouvant au-dessus des reins) et de leurs hormones est aussi impliqué dans des situations de dépression. Ainsi, en cas de stress de l'organisme, il y a une plus grande quantité de CRF (facteur de libération de l'hormone corticotrope ou ACTH) qui est produite par l'hypothalamus ; ceci induit donc la libération d'ACTH par l'hypophyse, ce qui déclenche alors la production de cortisol par les glandes surrénales. Cette chaîne de réactions induit des modifications physiologiques lors d'une fuite ou d'un combat. Alors que le CRF réduit l'appétit et l'activité sexuelle, tout en augmentant la vigilance, le cortisol augmente l'apport énergétique aux muscles.
Aussi, grâce à des études effectuées sur des vrais et des faux jumeaux, il a été établi que des facteurs génétiques diminuent le seuil de résistance à la dépression. De plus, il semble évident que les personnes adultes ayant des membres de leur famille dépressifs et ayant été maltraitées durant l'enfance, soient censées faire une dépression.
D'autre part, il existe une autre méthode d'exploration des anomalies liées à la dépression : c'est l'imagerie du cerveau par tomographie par émission de positons, ou par résonance magnétique. Grâce aux progrès de cette méthode, on comprendra mieux les troubles de l'humeur, et donc on arrivera mieux à les traiter.
Actuellement, les recherches de nouveaux médicaments antidépresseurs s'orientent vers des antagonistes des récepteurs de l'hormone CRF et des activateurs de certains récepteurs de la sérotonine.
En fait, avec les antidépresseurs, la dépression aiguë guérit souvent complètement, alors qu'on a parfois du mal à se débarrasser d'une dépression chronique. D'où la nécessité d'associer aux médicaments une aide psychologique. La relaxation est aussi préconisée, car elle procure une détente, et donc un meilleur contrôle émotionnel.
Inégaux face à la dépression
Par ailleurs, face à la dépression, l'homme et la femme n'ont pas le même comportement. En effet, la femme est plus vulnérable, alors que l'homme tendrait plutôt vers un comportement de violence ou de toxicomanie.
L'entourage d'une personne déprimée est lui-même mis à rude épreuve. Tout en ayant un rôle capital à jouer, il s'agit de se sauvegarder soi-même, et de ne pas sombrer dans la déprime à son tour. En fait, aussi bien le sujet en dépression que son médecin devraient pouvoir compter sur une bonne collaboration de l'environnement familial du patient.
Diana BOUAYAD-AMINE
Montpellier - Le 30 décembre 2002
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