Droits de l'homme
Nelson Mandela Le combat d'une vie
DANS la hutte ronde du kraal familial de Qunu, près d'Umtata, en Afrique du Sud, naît le 18 juillet 1918 Madima Rolihlahla Nelson Mandela, le premier fils du chef Henry Magdla Mandela et de Nonqaphi Nosekeni, l'une de ses quatre femmes.
Son premier prénom, il le doit à son père et à la passion que celui-ci voue à l'amiral anglais vainqueur des marines française et espagnole à Trafalgar. Son second, il le tient de la tradition xhosa. "Tirer la branche d'un arbre", en est la traduction à la lettre. "Celui qui crée des problèmes", en est la traduction dans l'esprit.
Pour avoir défié les autorités tribales à propos d'un banal vol de nourriture, le père de Nelson Mandela, homme "fier et révolté, avec un sens obstiné de la justice", se voit privé de sa fortune et de son titre. Sans fortune ni statut, la famille prend donc la direction du village voisin de Qunu, où elle peut bénéficier du soutien d'amis et de parents.
Dans la savane, le petit garçon garde moutons et veaux dans les prés, se bagarre avec les autres garçons, fait la récolte du miel sauvage, des fruits et des racines comestibles, nage dans les ruisseaux clairs et froids.
Il a douze ans quand son père meurt. Jongintaba Dalindyebo, régent du peuple thembu, propose de devenir le tuteur de l'enfant.
Il est soumis à l'épreuve des rites d'initiation à l'âge de seize ans et fréquente un collège méthodiste avant d'entrer, en 1938, à l'université de Fort Hare, le bastion de l'élite bantoue sud-africaine. En septembre 1941, une grève est déclenchée afin de protester contre le traitement brutal infligé par un intendant blanc à une employée noire. Les grévistes sont renvoyés chez eux. Mais Nelson Mandela, à la différence des autres, ne présentera pas d'excuses : il ne réintégrera jamais Fort Hare. Son tuteur décide alors de le marier. Il choisit pour lui "une fille grosse et digne". Nelson Mandela s'enfuit à Johannesburg.
Par la suite, il intègre l'université de Witwatersrand, où il obtient un diplôme en droit en 1942. Walter Sisulu, son mentor, l'embauche dans sa petite agence immobilière avant de le placer dans un cabinet de juristes blancs.
Il rejoignit le Congrès national africain (A.N.C.) en 1942 et lutta contre le régime raciste d'apartheid instauré par les Afrikaners.
Lorsque le "Parti national" arrive au pouvoir, en 1948, et introduit l'apartheid, Mandela et l'A.N.C. résistent à la politique raciste du gouvernement.
En 1949, un an après l'accession au pouvoir du Parti national qui dotera l'apartheid de son armature législative et ségrégative, la Ligue de la jeunesse prend les rênes de l'A.N.C. Nelson Mandela est élu au comité de direction.
Le 26 juin 1955, l'A.N.C. adopte la Charte de la liberté. Le 5 décembre 1956, Mandela est arrêté dans la nuit à Soweto. Avec 155 autres, il est inculpé de haute trahison. Le procès durera à peu près cinq ans. Il sera acquitté, ainsi que 29 accusés restants, le 29 mars 1961.
En 1958, Mandela a épousé Winnie Mandela, membre d'un mouvement pour la défense des droits civils sud-africains. Ils se sont séparés en 1992 et ont divorcé en 1996.
A la suite du massacre de Sharpeville, le 21 mars 1960, la police sud-africaine ouvre le feu sur une foule de manifestants : 69 personnes sont tuées et plus de 180 blessées. C'est un moment charnière de l'histoire du pays. Cette tuerie déclenche une vague de protestations tant au niveau national qu'international. L'état d'urgence est décrété et l'A.N.C. interdit. Mandela abandonne alors la stratégie non-violente de l'A.N.C. et fonde une organisation militaire, Umkhonto we Sizwe.
En janvier 1962, il quitte le pays pour six mois : un voyage qui le conduit dans plusieurs pays d'Afrique et à Londres. En Algérie, le F.L.N. l'assure de son soutien. Nelson Mandela est arrêté le 5 août 1962, au nord de Durban. Inculpé d'incitation à la grève et d'être sorti du pays illégalement, il comparaît en tenue traditionnelle xhosa. Il est condamné à cinq ans de travaux forcés et, en 1963, il est inculpé avec d'autres leaders, de sabotage, trahison et complot. En 1964, il a été arrêté de nouveau sous inculpation de sabotage et accusé d'être impliqué dans un complot pour renverser le gouvernement. Il est alors condamné, avec sept autres militants, à la prison à vie. Il assure lui-même sa défense et fait le procès de la "justice blanche". Il a quarante-quatre ans et devra attendre plus d'un quart de siècle pour connaître à nouveau la liberté. Il est devenu un symbole d'unité pour le mouvement mondial contre l'apartheid.
En 1986, il s'entretient presque par accident avec le ministre de la Justice. C'est le coup d'envoi d'une longue suite de pourparlers avec certains membres du gouvernement. Pendant plus de trois ans, Nelson défend ardemment sa libération, celle "d'un homme libre car seul un homme libre peut négocier".
Le 11 février 1990, après 26 ans de détention pour raisons politiques (ce qui est un record), le président F.W. de Klerk supprime l'interdiction de l'A.N.C. et libère Mandela, qui est élu président de l'A.N.C. en 1991 et le reste jusqu'en 1997. Il est alors remplacé par son ancien député Thabo Mbeki.
Ses convictions sont demeurées les mêmes. Son programme n'a pas bougé d'un iota : il veut une Afrique du Sud unie débarrassée des bantoustans, un parlement non radical et le droit de vote pour tous.
Il créa la commission "Pour la liberté et la réconciliation" pour juger des crimes commis sous l'apartheid et tourner la page historique douloureuse.
Il a ensuite entamé des négociations avec le gouvernement au sujet d'un futur multiracial pour l'Afrique du Sud. Avec le président F.W. de Klerk, il conduit alors les négociations qui mettent fin à l'apartheid, ce qui leur vaudra de recevoir le prix Nobel de la paix en 1993.
Le 9 mai 1994, près de deux semaines après les premières élections multiraciales en Afrique du Sud, les quatre cents députés nouvellement élus portent le chef de l'A.N.C. et leader de la lutte antiapartheid, Nelson Mandela, à la présidence de la République. Son apparition au balcon de l'hôtel de ville du Cap est attendue par des dizaines de milliers de personnes. A travers cette foule compacte, dominent le vert, le jaune et le noir, les couleurs de l'A.N.C., portées sous forme de T-shirts, de fanions, de casquettes ou de parapluies qui protègent... du soleil.
Pour l'investiture de Nelson Mandela, le 10 mai 1994, des délégations venues du monde entier affluent à Pretoria, la capitale sud-africaine. Pour célébrer, bien sûr, la victoire de l'homme et celle de la démocratie, mais aussi la fin d'un long isolement international.
Il occupa ce siège jusqu'en juillet 1999.
En mars 1996, les relations entre Nelson Mandela et F.W. de Klerk se sont détériorées quand d'anciens membres des forces de sécurité de de Klerk ont été poursuivis en justice.
En février 2003, Mandela déclara que les Etats-Unis étaient "une menace contre la paix dans le monde" et que leur président George W. Bush souhaitait "plonger le monde dans l'holocauste", l'accusant d'ignorer les Nations unies.
En septembre 2004, il fut plébiscité en tant que première personnalité sud-africaine.
Nelson Mandela est aujourd'hui une personnalité écoutée, non seulement en Afrique, mais dans pratiquement le monde entier. Il fait partie de ceux qui marqueront notre époque parce qu'ils ont fait progresser l'humanité, contrairement à ceux qui ont rendu le XXe siècle infâme avec le fascisme, le racisme et la guerre.
Il a été un leader révolutionnaire au courage énorme ; il est un négociateur politique d'une extraordinaire habileté et sagesse, un homme d'Etat dévoué à la cause d'une transition pacifique.
Sa lutte contre le SIDA
Nelson Mandela se consacre aujourd'hui à la lutte contre le SIDA.
Le 6 janvier 2005, il annonce publiquement le décès de son fils, Makgatho Mandela âgé de 54 ans, des suites du SIDA. Par ce geste, il veut montrer qu'il est temps de briser le tabou qui entoure cette maladie. De nombreuses personnalités et hommes politiques ont vu des membres de leur famille mourir du SIDA, mais ils l'ont caché, car cette maladie est considérée comme une honte. Parmi les citoyens lambda, il arrive très souvent que les personnes atteintes soient rejetées par leur entourage, condamnées à mourir seules.
Ses citations
- Aucun de nous, en agissant seul, ne peut atteindre le succès.
- En faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d'en faire autant.
- Nous ne sommes pas encore libres, nous avons seulement atteint la liberté d'être libres.
- Je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu'un d'autre de sa liberté. L'opprimé et l'oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité.
- Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé.
- Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres.
- Un homme qui prive un autre homme de sa liberté est prisonnier de la haine, des préjugés et de l'étroitesse d'esprit.
Les livres de Nelson Mandela
- Un long chemin vers la liberté
Le Livre de Poche
1997, 767 pages, 9,95 euros
Première édition : Fayard - 1995
Les Mémoires du grand leader sud-africain. Il raconte son enfance, sa formation, sa carrière, ses luttes, les années de prison, sa libération, son élection à la présidence.
Commencés en 1974 au pénitencier de Robben Island, ces souvenirs furent achevés par Nelson Mandela après sa libération, en 1990, à l'issue de vingt-sept années de détention. Rarement une destinée individuelle se sera aussi étroitement confondue avec le combat d'un peuple et le devenir d'une nation.
Nelson Mandela raconte comment le petit campagnard, né en 1918 au Transkei, dans la famille royale des Thembus, va ouvrir le premier cabinet d'avocats noirs d'Afrique du Sud et devenir un des principaux responsables de l'A.N.C. Ce récit mêle les souvenirs personnels, voire intimes, aux analyses de la situation en Afrique du Sud et aux descriptions des luttes et des combats contre la domination blanche et l'apartheid. L'enfance et les rites d'initiation, la fuite à Johannesburg, le travail dans les mines et les études de droit, le premier mariage et le divorce, puis le second mariage avec Winnie, la découverte du nationalisme africain, les Campagnes de défi, la clandestinité, la lutte armée et la prison.
Commencent alors les longues années de travail forcé - treize ans dans une carrière de chaux -, d'attente, mais aussi d'espoir et de luttes. Dans les années 1980, le régime d'apartheid bousculé à l'intérieur par la résistance noire, étranglé par les sanctions économiques, n'aura d'autre issue que la négociation. Nelson Mandela, qui est devenu un mythe, sera l'homme clef pour sortir son pays de l'impasse où l'ont enfermé quarante années d'apartheid.
Titre original : Long Walk to Freedom (1994)
- L'apartheid
Editions de Minuit
Collection Documents
1985, 111 pages, 8,99 euros
Les textes de deux plaidoiries du dirigeant nationaliste sud-africain Nelson Mandela, condamné à l'emprisonnement à perpétuité pour avoir fait siennes les revendications de son peuple.
Préface de Breyten Breytenbach
Portrait
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Maire PC de Villeneuve-les-Maguelone et conseiller général de l'Hérault. "J'aime les bandes dessinées. Mes auteurs préférés sont Reiser et Wolinski"
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Maire RPR de Baillargues (Hérault), il est candidat déclaré aux élections législatives sur la troisième circonscription. Histoire d'un cafetier devenu maire.
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