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La Fête de la Citoyenneté
Du Mercredi 13 au Samedi 30 Novembre 2013



Politique

Ingrid Betancourt
La rage d'une militante


INGRID Betancourt naît en Colombie, le 25 décembre 1961. Elle est la fille de Gabriel Betancourt Mejia, ancien ministre colombien de l'Education nationale (sous la dictature du général Gustavo Rojas Pinilla) et de Yolanda Pulecio Vélez, ancienne reine de beauté du département de Cundinamarca devenue sénatrice.
Yolanda, à cette époque, est déjà une people. La presse suit ses moindres faits et gestes. Elle est la madone glamour des pauvres. Son credo : pour combattre la violence qui désespère la Colombie, il faut attaquer le mal à la racine. Empêcher que les ninos deviennent, dès l'âge de 13 ans, des sicarios, des tueurs qui assassinent n'importe qui pour 50 dollars. Pour Gabriel, la belle Yolanda abandonne un temps son activité caritative. Elle a quinze ans de moins que son mari et débarque à Paris avec la ferme intention de poursuivre sa mission depuis la France. Elle a donné naissance à deux petites filles, Astrid, puis Ingrid. La famille habite une maison cossue à Neuilly, en lisière du bois de Boulogne. Ingrid joue la plupart du temps dans le jardin et s'entoure d'animaux domestiques. Quand elle a 5 ans, on lui annonce que la famille rentre à Bogota. Son père vient d'être nommé pour la seconde fois ministre de l'Education nationale. Premier retour au pays. Les soeurs Betancourt intègrent le lycée français de Bogota, dans les quartiers chics de la capitale, au nord de la ville. Elles sont déjà parfaitement bilingues. Yolanda, quant à elle, reprend ses activités sociales et se lance dans la politique. Elle est nommée adjointe au maire de Bogota, chargée des Affaires sociales et devient vite très populaire au sein des classes défavorisées. Ingrid est littéralement subjuguée par sa mère. Ingrid ne saisit pas tout de l'univers de ses parents, mais elle comprend très vite que la politique est au centre de leur vie. Son père est un membre éminent du Parti conservateur. Sa mère est dans l'autre camp, au Parti libéral. La famille Betancourt est donc comme la Colombie, divisée par cette ligne floue et improbable de deux partis qui contrôlent le pays depuis des décennies. Ce drôle de clivage va peser dans la tragédie familiale.
Gabriel Betancourt est sollicité pour se présenter à la présidence de la République. Yolanda le presse d'accepter. Elle est enthousiaste, prête à se ranger derrière lui. Mais Gabriel hésite et finit par refuser. Yolanda ne comprend pas cette reculade. Cet homme qu'elle admirait tant lui a paru soudain fragile, sans ressort. Elle n'ose le dire encore, mais quelque chose s'est cassé en elle. A-t-il eu peur ?
Ingrid n'est encore qu'une enfant. Elle adore son père qui, au fond, est un intellectuel plus à l'aise dans sa bibliothèque que dans l'hémicycle du Congrès. Fin 1968, il est écarté du gouvernement et obtient un poste d'ambassadeur de Colombie à l'UNESCO, à Paris. Nouveau départ. En janvier 1969, la famille fait le voyage Bogota-Paris.
Ingrid passe donc une partie de son enfance en France. Elle fait ses études primaires à Paris (Lubeck) puis ses études secondaires au Lycée Français Louis Pasteur de Bogota.
Après son baccalauréat, elle retourne à Paris pour suivre les cours de l'Institut d'études politiques. Son père est alors ambassadeur de Colombie à l'UNESCO, et de nombreuses personnalités fréquentent la famille. C'est ainsi qu'Ingrid Betancourt fait la connaissance du poète Pablo Neruda, avec lequel sa famille garde un fort lien d'amitié jusqu'à sa mort en 1973.
Sa soeur, Astrid Betancourt, se marie avec Daniel Parfait, ancien ambassadeur de France en Colombie de 2000 à 2004, et depuis 2004 directeur des Amériques, s’occupant notamment du dossier colombien au Quai d’Orsay. Daniel Parfait a été nommé ambassadeur de France au Mexique le 17 avril 2008.
Après être rentrée en Colombie et avoir vécu la séparation de ses parents, Ingrid repart pour Paris et entre à l'Institut d'études politiques où elle a pour professeur Dominique de Villepin. C'est là qu'elle fait la connaissance d'un Français, Fabrice Delloye, qu'elle épouse en 1981. De cette union naissent deux enfants, Mélanie et Lorenzo Delloye-Betancourt.
En 1990, Ingrid Betancourt divorce, revient seule à Bogota et entre au ministère colombien des Finances. Elle est élue députée en 1994 et crée son parti, Oxigeno Verde, en 1998. Elle est élue sénatrice la même année.
En 1997, elle épouse Juan Carlos Lecompte, homme politique colombien, architecte de formation et publicitaire de métier.
Elle s'apprête à se présenter à l’élection présidentielle. Elle prend alors la route de Florencia qui mène à San Vicente del Caguán, malgré les avertissements du gouvernement lui signalant la présence de guérilleros procédant à des barrages en certains endroits de la route. Alors qu'une dernière barrière militaire empêche le convoi de continuer et que les militaires annoncent la présence des guérilleros quelques kilomètres plus loin, la candidate donne l’ordre à son conducteur de poursuivre sa route après avoir signé un document dans lequel elle se rend responsable de cette décision. Ingrid Betancourt et sa directrice de campagne Clara Rojas souhaitaient soutenir le maire qui appartient au même parti qu'elles. Elles passent plusieurs barrages des Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC) jusqu'à ce qu'elles soient arrêtées à Paujil (Caquetá). C’était le 23 février 2002. Ingrid Betancourt et Clara Rojas sont enlevées par les FARC, un groupe de rebelles d'inspiration marxiste léniniste, composé d'une dizaine de milliers de membres et considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis et l'Europe.
Ces kidnappings constituent pour les FARC une monnaie d'échange pour faire libérer des guérilleros enfermés dans les geôles de l'Etat colombien. Cet enlèvement s’ajoute aux autres enlèvements de personnalités politiques colombiennes et est considéré comme un enlèvement politique.
L’opération dite du 14 juillet est une tentative de libération d’Ingrid Betancourt, qui a rapidement échoué. Elle a provoqué une tension dans les relations diplomatiques de la France avec la Colombie et le Brésil, et a sans doute donné davantage de valeur marchande à l’otage, compliquant ainsi sa libération future. Ainsi, le 9 juillet 2003, Dominique de Villepin, alors ministre des affaires étrangères organise une opération d'extraction par voie aérienne. L'avion militaire se pose sur l'aéroport de Manaus où il est repéré par les autorités brésiliennes. Quatre jours plus tard, il redécolle sans Ingrid Betancourt et après avoir froissé les autorités brésiliennes envers lesquelles Dominique de Villepin devra présenter des excuses. L'opération aurait été menée directement par le chef de la diplomatie en lien avec l'Elysée.
L’opération est rendue publique par l'hebdomadaire brésilien Carta Capital. Elle donne alors lieu à la convocation des ambassadeurs français au Brésil et en Colombie. Dominique de Villepin présente des excuses publiques le 31 juillet. La mission provoque une polémique, ayant été décidée par le ministre français des Affaires étrangères seul qui n'a informé ni le ministre de la Défense, ni le Premier ministre, ni le président de la République (lors d'un point de presse, Jacques Chirac a d'abord annoncé qu'il n'était pas au courant), ces points étant ensuite officiellement démentis.
L'affaire, décidément très politique, connaît un nouveau rebondissement en novembre 2007 quand le président vénézuélien Hugo Chavez décide de tenter une médiation. Arrivé à Paris le 19 novembre, Chavez n'apporte pas les preuves matérielles qu'Ingrid Betancourt est encore vivante, contrairement à ce qu'on attendait. Le leader vénézuélien est mandaté (avec la sénatrice colombienne Piedad Cordoba) depuis trois mois par le gouvernement colombien d'Alvaro Uribe.
Celui-ci décide de mettre un terme à la collaboration. Hugo Chavez a en effet contacté directement par téléphone le commandant de l’armée colombienne, le général Mario Montoya, et lui a posé des questions sur les otages sans juger nécessaire d'en référer au Chef de l'Etat.
Le 30 novembre 2007, le gouvernement colombien diffuse une vidéo montrant Ingrid Betancourt en vie mais très affaiblie, ligotée dans la jungle. Des photos et des lettres, notamment une adressée par Ingrid à sa mère, Yolanda Pulecio, ont également été saisies lors de l'arrestation de différents membres des FARC.
Le 28 février 2008, un otage des FARC libéré quelques jours auparavant informe la France de l'état de santé alarmant d’Ingrid Betancourt. L'otage libéré aurait précisé à Nicolas Sarkozy qu'Ingrid Betancourt subissait de multiples sévices, vivait dans des conditions inhumaines et était extrêmement affaiblie après avoir contracté une hépatite B. Le président de la République s'est exprimé sur le sujet le jour même, disant entre autres que la libération de l'otage était une question de vie ou de mort et qu'il était prêt à venir chercher Ingrid Betancourt à la frontière colombienne si telle était une condition posée par les FARC. Les enfants de l'otage se sont dits "extrêmement angoissés" par la situation de leur mère.
Le 1er mars 2008, à la suite d'une opération menée par l'armée colombienne, Luis Edgar Debia Silva, dit Raul Reyes, considéré comme le numéro 2 des FARC, est tué en territoire équatorien (à 1,8 km de la frontière colombienne), avec plusieurs autres membres importants de la guérilla.
Concernant les circonstances de la mort du numéro deux des FARC et ses conséquences sur le sort d’Ingrid Betancourt, l’ambassadeur de France en Equateur a laissé entendre quelques jours après la mort de Raul Reyes que les Etats-Unis seraient impliqués sans apporter plus de précision.
Par ailleurs, Fabrice Delloye, ex mari d'Ingrid Betancourt, dans un interview accordé à France Soir, précise que le 26 février, une réunion à Panama a réuni les délégués des pays médiateurs (Espagne, France, Suisse, NDLR) et le haut-commissaire colombien pour la paix Luis Carlos Respreto. Selon lui, les délégués ont annoncé qu’ils allaient rencontrer Raul Reyes. L'officiel colombien leur aurait répondu que c'était très bien de vouloir rencontrer Reyes. Or, toujours selon Fabrice Delloye, dans la nuit du 1er mars , le président colombien Alvaro Uribe décide sciemment de faire abattre Reyes en territoire équatorien sans prévenir les présidents des états médiateurs, ni le président Correa alors qu’il commet un acte de guerre dans son pays.
Dans un interview au journal colombien Cambio, la sénatrice Piedad Cordoba confirme et précise que Noël Saez, assesseur du gouvernement français aurait confié à l'un de ses amis qu'il se sentait responsable de la mort de Reyes, car il croyait que c'est suite à son appel que le chef guérillero avait été localisé.
Dans la nuit du 28 au 29 mars 2008, un Falcon 900, envoyé par l'Elysée, s'est posé "discrètement" sur la piste de Cayenne, en Guyane française (information reprise dans le Journal du Dimanche du 30 mars 2008) : il s'agit d'un avion médicalisé, garé sur une base militaire, en attente d'un dénouement dans l'affaire Betancourt, et la libération de l'otage, après qu'un médiateur colombien ait affirmé jeudi 27 mars 2008 qu'Ingrid Betancourt serait atteinte d'une hépatite B, d'une leishmaniose et souffrirait de malnutrition. Suite à ces informations plus qu'alarmantes, le Président colombien Alvaro Uribe, lance un appel aux FARC le même jour, en proposant la libération de tous les guérilleros y compris les prisonniers FARC condamnés pour crime contre l'humanité, en échange de la libération d'Ingrid Betancourt (proposition jugée "illégale" par la Fiscalia de Colombia et l'ONU le 28 mars).
Par la suite, le dimanche 30 mars 2008, cet avion redécollera de la base militaire de Rochambeau, à 15 km de Cayenne, en Guyane française, pour rejoindre Paris. L'avion repart vide. L'Elysée confirmera dans la journée qu'un autre avion médicalisé reste en alerte permanente à Villacoublay, base militaire située près de Paris, prêt à décoller à tout moment, en cas de dénouement dans l'affaire Betancourt.
Quelques heures plus tard, le Premier ministre français, François Fillon, affirmera au Journal Télévisé de 20h de TF1, que le pays reste prêt à accueillir des guérilleros des FARC, qu'il qualifiera de "militants", si eux-mêmes libèrent Ingrid Betancourt. Dans une interview sur France Inter, le Premier ministre français ira plus loin en proposant le statut de réfugiés politiques aux guérilleros des FARC. L'association France Terre d'asile réagira promptement en rappelant que le statut de prisonniers politiques ne peut être accordé à une personne dont on aura de sérieuses raisons de penser qu’elles ont commis un crime contre la paix, un crime de guerre ou un crime contre l’humanité. La réponse des FARC sur ces évènements et la proposition relayée par Paris et Bogota se fait alors attendre.
Mardi 1er avril 2008, le journal La Tribune rapporte la publication lundi par l’Agence de presse bolivarienne, basée au Venezuela, d'un communiqué des FARC. Dans cette lettre datée du 20 mars, Ivan Marquez, un des sept leaders des Forces armées révolutionnaires de Colombie, explique qu’après l'attaque, qui a causé la mort du commandant Raul Reyes, il était clair qu’”il n’y aurait pas de rencontre avec la délégation française en vue d’étudier la libération d’Ingrid”.
Après une réunion avec le comité de soutien à Ingrid Betancourt, Nicolas Sarkozy enregistre un second message à l'adresse des FARC et de Manuel Marulanda, mardi 1er avril 2008, pour leur demander de "libérer immédiatement Ingrid Betancourt".
Mercredi 2 avril 2008, le gouvernement français annonce l'envoi d'une mission humanitaire composée de Noel Saez (ancien consul français à Bogota), Daniel Parfait (diplomate) et un médecin pour «accéder à notre compatriote Ingrid Betancourt».
Dans un communiqué via leur agence de presse ANNCOL, ils auraient qualifié l'attitude de Nicolas Sarkozy de naïve.
Le 8 avril, la guérilla des FARC a qualifié "d'irrecevable" la mission humanitaire, excluant ainsi d'agir sous "la pression médiatique".
Alors que la pression médiatique semble retomber, le gouvernement colombien annonce la libération d'Ingrid Betancourt le 2 juillet 2008 dans la soirée. Le ministre de la Défense Juan Manuel Santos annonce la libération d'Ingrid à laquelle s'ajoute celle de trois autres otages d'origine américaine. "Cela rentrera dans l'histoire par son audace et son efficacité", a indiqué le ministre. Et pour cause : la libération d'Ingrid Betancourt est l'occasion rêvée pour le gouvernement colombien de damer le pion d'Hugo Chavez et de donner des gages de bonne conduite - c'est-à-dire de lutte assidue contre les FARC - aux exécutifs français et américain.
Onze militaires ou policiers auraient également été libérés lors de la même opération qui s'est déroulée mercredi 2 juillet dans la jungle de Guaviare, dans le sud du pays.

Publications :
  • Sí sabía, 1996 : enquête sur le financement de la campagne électorale de Samper par le cartel de Cali
  • La Rage au coeur, XO Editions, 2001 ; Editions Pocket, 2002

7-07-2008


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