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La Fête de la Citoyenneté
Du Mercredi 13 au Samedi 30 Novembre 2013



Militantisme

Angela Davis
Une icône de la lutte noire


ANGELA Davis est, aux côtés de Malcom X et Martin Luther King, une grande figure du mouvement Noir américain.
Angela Yvonne Davis est née le 26 janvier 1944, à Birmingham, dans l'Etat de l'Alabama, dans le sud des Etats-Unis, dans une famille afro-américaine instruite, à une époque où le racisme et les troubles politiques faisaient rage. Elle est l'aînée de quatre enfants. Ses parents étaient enseignants, mais juste après sa naissance, son père ne donna plus de cours et ouvrit une station essence. Angela suit des cours de danse et de piano, excelle à l'école et lit beaucoup.
Dès son enfance, la petite Davis fut plongée dans le milieu communiste, et reçut déjà les influences de ce que seront ses conceptions politiques et ses convictions philosophiques.
Ainsi, dès son plus jeune âge, elle est confrontée au racisme et à l'oppression au sein de son quartier au surnom révélateur de "Dynamite Hill". La ségrégation raciale est toujours en vigueur, c'est une période de troubles politiques majeurs. Ses parents, tous deux activistes communistes, l'élèvent dans l'idée philosophique et politique de la contestation et la résistance. Elle participe déjà à 12 ans au boycott d'une compagnie de bus pratiquant la ségrégation.
En 1958, à 14 ans, Angela obtient une bourse pour étudier à New York à l'"Elizabeth Irwin High School" qui dispose d'un programme aidant des élèves noirs du Sud à poursuivre leur scolarité. Ce lycée privé est surnommé "Little Red School House" en raison de son attachement ostentatoire aux mouvements politiques de gauche. C'est là qu'elle rentre en contact avec le socialisme radical et qu'elle devient membre d'un mouvement de jeunesse communiste, Advance. Angela y fréquente les enfants de leaders communistes, dont Bettina Aptheker qui écrira un livre sur elle en 1975. Elle est recrutée par le "Youth Communist Group" (Jeunesses Communistes).
En classe, elle lit le "Manifeste Communiste", et tout prend son sens. L'oppression des Noirs par les Blancs, les humiliations, les intimidations, le manque d'intérêt et le mépris d'un groupe pour l'autre : tout cela ne provient pas d'une haine personnelle. Cette haine est causée et soutenue par le système capitaliste sans pitié qui survit en cultivant l'oppression pour obtenir des bénéfices. L'appât du gain est le seul et l'unique motif des comportements des Blancs vis-à-vis des Noirs. Suite à cela, toutes les frustrations de sa jeunesse trouvent une explication : les ségrégations raciales dans le bus et à l'école, les armes cachées et les bains de sang dans les plaines de jeux, les rafles de la police, la détresse et la peur.
L'idéologie communiste procure à Angela Davis un cadre cohérent dans lequel elle peut montrer son expérience. Pour cette adolescente intelligente, c'est une bouée de sauvetage. Mais Angela évolue progressivement vers l'engagement politique.
En 1961, son baccalauréat en poche, Angela part étudier à l'université de Blancs de Brandeis, dans le Massachusetts aux Etats-Unis, où elle rencontre le sociologue marxiste et philosophe Herbert Marcuse qui deviendra son mentor. Elle est influencée par ses idées. Il la considérera toujours comme sa meilleure étudiante.
De 1963 à 1964, elle part étudier à la Sorbonne à Paris, pour approfondir l'étude du français et de Sartre. Elle est à Biarritz quand lui parvient l'annonce d'une attaque à la bombe contre l'église de sa ville natale : quatre enfants qu'elle connaît personnellement sont tués (des camarades de classe de la petite Condoleeza Rice marquée à jamais par ce drame). Angela est cruellement touchée par cet attentat, symptôme d'un racisme enraciné dans le sud des Etats-Unis, où une vie noire ne vaut rien.
Après avoir obtenu sa licence en 1965, elle part en Allemagne pour des études plus approfondies, à l'université Goethe de Frankfurt, sous la direction de Theodore Adorno. Là, elle étudiera Marx, Hegel et Kant (surtout son analyse de la violence lors de la Révolution française).
Ces différents séjours d'étude à l'étranger lui ont permis d'une part de découvrir le militantisme en France aux côtés des Algériens et en Allemagne auprès des jeunesses socialistes, et d'autre part d'approfondir ses connaissances de la tradition philosophique du marxisme.
Forte de ces expériences, Angela décide de rentrer aux Etats-Unis afin de mettre ses théories en pratique, et combattre pour son propre peuple, le peuple noir.
Elle reçoit son doctorat en 1968 aux Etats-Unis, à l'université de San Diego en Californie. C'est cette même année qu'elle devient membre du Parti Communiste des Etats-Unis (CPUSA) et des Black Panthers. Son investissement dans ces deux groupements lui valut d'être surveillée de très près par le gouvernement des Etats Unis.
Elle enseigne à l'université de San Diego. Elle s'investit totalement dans la vie de la communauté noire en proie aux rafles incessantes de la police raciste.
Dans un Etat où lynchages et exécutions sommaires sont devenus banals, s'engager dans la défense des droits civiques implique de risquer sa vie quotidiennement et de s'attirer les foudres du gouvernement, qui surveille désormais Angela de très près. Elle est témoin de l'assassinat de trois de ses amis sur le campus, et peu de temps après, elle est dénoncée comme communiste par un de ses étudiants. Elle est renvoyée par la direction de l'université, exhortée par Ronald Reagan alors gouverneur.
Dès 1970, elle devient une célébrité nationale. En effet, survint l'événement qui marquera à jamais l'existence d'Angela Davis : le 7 août 1970, une prise d'otages est organisée pour tenter de faire évader Georges Jackson, un membre des Black Panthers condamné à vie à l'âge de dix-huit ans pour avoir volé 70 $. Quatre personnes trouveront la mort ce jour là, et trois autres seront grièvement blessées.
Etant membre du comité de soutien de Georges Jackson, Angela est accusée par le FBI d'avoir fourni les armes nécessaires à cette opération : elle devient la troisième femme de l'Histoire à être inscrite sur la liste des personnes les plus recherchées par le FBI, la fameuse "Most Wanted List". Angela Davis passe deux mois à fuir et se cacher, sa notoriété se forge et s'accroît durant cette période comme l'atteste sur de nombreuses maisons une pancarte : "Angela notre soeur, tu es la bienvenue dans cette maison".
La panthère noire est finalement arrêtée le 13 octobre 1970, accusée de meurtre et de kidnapping. Elle est placée en détention provisoire ; elle restera seize mois au "Women's Detention Center" de New York. L'opinion publique internationale se mobilise pour la soutenir : entre autres, John Lennon et Yoko Ono enregistrent la chanson "Angela", les Rolling Stones écrivent pour elle "Sweet Black Angel", Jacques Prévert lui dédie un poème et 100 000 personnes manifestent à Paris pour obtenir sa libération, Louis Aragon et Jean-Paul Sartre à leur tête. Angela est finalement libérée sous caution.
Des posters et "boutons" apparaissent avec sa fameuse coupe de cheveux afro-américaine pour la campagne "Free Angela Davis" dans tous les Etats-Unis et dans beaucoup d'autres pays.
Elle devient ainsi une icône de la lutte noire contre l'oppression des Blancs, elle lutte également contre l'exploitation capitaliste des classes sociales de travailleurs, des Blancs et Noirs, des femmes et des hommes.
Elle attendra le 4 juin 1972 pour être acquittée de toutes les charges qui pèsent contre elle par un jury entièrement blanc, au cours d'un procès ultra médiatisé qui mettra à jour la machination fomentée par le FBI. Angela est libérée sous caution. Un monstre sacré est né, une grande figure pour la justice et l'égalité. Elle multiplie ses combats, pour la paix au Viêt Nam, pour l'égalité des femmes, contre le racisme et l'oppression.
Convaincue par ses amis, elle écrit son autobiographie et se présente aux élections de 1980, sous les couleurs du parti communiste
En 1980, elle s'inscrit comme candidate à la vice-présidence du CPUSA. Elle réessaie en 1984. Un des points importants de sa politique est la suppression de l'industrie carcérale aux Etats-Unis, qui encourage la criminalité au lieu de la corriger et qui est très raciste. Au lieu d'essayer de régler et de comprendre les grandes problématiques sociales, s'insurge-t-elle, on utilise la répression et on poursuit en justice des individus, comme s'il s'agissait de «pommes pourries» qu'il suffit de retirer du lot pour régler les choses.
En 1989, elle rassemble les discours qu'elle a faits de 1983 à 1987 et les publie dans Women, Culture and Politics. Pour Angela Davis, tout a un statut politique. En 1997, elle confirme la rumeur qu'elle est homosexuelle. L'identité sexuelle est pour elle un point de lutte politique pour créer un féminisme de la classe ouvrière noire. Elle explique cela dans Blues Legacies and Black Feminism (1998).
Aujourd'hui, Angela a 66 ans, et est toujours rebelle. Elle est toujours non pas une réformatrice, car des réformes ne suffiraient pas selon elle à améliorer le Monde, mais une vraie révolutionnaire. Elle lutte pour l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis et contre le système carcéro-industriel.
Angela donne des cours sur l'éveil de la conscience à l'université de Santa Cruz en Californie, encourage l'esprit critique face au prêt à penser. Angela Davis rejoint le "Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l'Agent Orange et au procès de New York".
Elle n'est malheureusement plus aussi populaire que dans les années 70 parce que les mass médias l'ont oubliée et que la communauté noire, son principal soutien, lui tient rigueur de son opposition à la "Million Man March" organisée par Louis Farrakhan (Nation of Islam) en 1995.
En effet, féministe dans l'âme, Angela ne pouvait que s'opposer à un mouvement qui refusait aux femmes le droit de manifester. Son geste a été récupéré et déformé par Farrakhan qui a profité de l'occasion pour répandre l'idée selon laquelle l'homosexualité de l'ex-Black Panther serait à l'origine de cette contestation. Angela Davis s'est effectivement engagée dans la lutte pour les droits des gays, comme elle l'a fait pour toutes les minorités.
Mais peu lui importent ses nombreux détracteurs, Angela est et restera une guerrière infatigable, constamment en action contre l'injustice, comme le démontre sa présence à de nombreux événements autour du Monde : manifestation contre la guerre en Irak, soutien à Mumia Abu Jamal, forum social européen, la liste est longue…
Par ailleurs, pour elle, les femmes noires sont réprimées trois fois : à cause de leur classe sociale, de leur race et de leur sexe. Angela Davis a dénoncé dans Women, Race & Class (1982) l'évolution historique et l'intersection entre le mouvement des femmes, le mouvement de libération des Noires et la lutte des classes. Elle découvre aussi dans la pratique que ces femmes doivent jongler pour combattre ces différentes formes de discrimination. Ce livre devient un classique du féminisme.
On lui a reproché d'avoir accordé son attention aux races et aux classes et d'avoir laissé derrière elle la discrimination des sexes. Néanmoins, on la retrouve dans les congrès internationaux pour les droits des femmes. Mais elle lutte contre le sexisme à travers son travail. Angela Davis est à la base du féminisme noir, ou "womanism".
Le mouvement féministe commence avec les intérêts des femmes blanches : le droit à un travail et le droit à l'avortement. Les femmes noires ont déjà un travail, mais comme domestiques.
La lutte pour les droits des citoyens noirs est surtout une affaire d'hommes. Les femmes noires tombent toujours à l'eau. Le féminisme noir croit que le sexisme et le racisme sont toujours liés. La libération des femmes noires apporte la liberté de chacun, étant donné que ce sera la fin de l'exploitation des races, des sexes et des classes sociales.
Depuis trois décennies, Angela Davis enseigne dans des universités, surtout aux Etats-Unis, en Europe, en Afrique, dans les Caraïbes et dans l'ancienne Union soviétique. Elle a publié bon nombre d'articles, d'essais et d'ouvrages. Elle s'exprime au sujet de l'agression des Etats-Unis dans les pays étrangers et du nationalisme noir. Elle donne surtout des conférences sur le racisme en relation avec la violence sexuelle, l'histoire de l'esclavage et la perspective des femmes noires.
Malgré le fait que Ronald Reagan, en tant que gouverneur de Californie, a un jour juré qu'Angela Davis n'enseignerait plus jamais dans cet état, elle a été nommée définitivement professeur de faculté à l'université de Santa Cruz en Californie au département "History of Consciousness". Elle y enseigne des études sur le féminisme, des études afro-américaines, une théorie critique, la culture de la musique populaire et de la conscience sociale, une philosophie sur la punition (prison de femmes).
Encore aujourd'hui, Angela Davis joue un rôle essentiel dans la lutte contre l'injustice sociale et la discrimination des races, de la nature et du genre sexuels. Depuis son arrestation et sa peine de prison, elle plaide pour la suppression radicale des prisons.
Angela Davis affirme : "La jeunesse est plus révoltée et plus créative que jamais. C'est elle qui me permet de continuer à avancer."
Son credo : au lieu d'inculquer des connaissances pré fabriquées, il faut encourager le développement de l'esprit critique : "D'une conscience authentique de l'oppression naît la nécessité, clairement perçue par un peuple, d'abolir l'oppression. L'esclave qui tend à cette perception claire découvre vraiment le sens de la liberté. Il sait ce que signifie la disparition du rapport de maître à esclave."



Ouvrages (titres traduits)


  • 1971 : If they come in the morning : Voices of resistances (S'ils frappent à l'aube…)
  • 1972 : Frame Up : The opening defense statement made (Les bases de la défense : le coup monté)
  • 1974 : Angela Davis : an autobiography (Autobiographie)
  • 1981 : Women, race and class (Femmes, race et classe)
  • 1985 : Violence against women and the ongoing challenge of racism (Les violences contre les femmes et le perpétuel défi du racisme)
  • 1989 : Women, culture and politics (Femmes, culture et politique)
  • 1999 : Blues legacies and black feminism : Gertrude “Ma” Ray, Bessie Smith and Billie Holiday (Le message féministe dans le blues)
  • 1999 : The Angela Y. Davis Reader (Philosophie d'Angela Davis)
  • 2003 : Are prisons obsolete ? (Les prisons sont elles obsolètes ?)

15-01-2010


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