Crise
Face aux manifestations, la Roumanie change de Premier ministre
Emil Boc a démissionné lundi 06 février 2012 de ses fonctions de Premier ministre en Roumanie, ajoutant ainsi son nom à la liste des nombreux dirigeants européens victimes de leur politique d'austérité.
Après plusieurs semaines de manifestations nationales contre les réformes économiques entreprises par Emil Boc, le président Traian Basescu a demandé au chef des services de renseignement extérieurs, Mihai-Razvan Ungureanu, de former un nouveau gouvernement et de solliciter un vote de confiance au parlement.
Ce dernier a d'ores et déjà prévenu qu'il poursuivrait la politique d'austérité au mépris des manifestants protestant depuis des semaines contre les baisses de salaires, les licenciements et les hausses d'impôts.
"Les réformes vont continuer. L'amélioration que j'apporte, c'est que je suis un bon administrateur, qui, avant toute chose, dispose d'une efficacité logique", a déclaré cet ancien ministre des Affaires étrangères de 43 ans, historien de formation, dans une courte allocution au palais présidentiel.
Mihai-Razvan Ungureanu dispose désormais de 10 jours pour former un gouvernement, préparer un programme de politique générale et demander la confiance au parlement, où la coalition centriste au pouvoir dispose d'une majorité courte mais normalement suffisante.
En attendant, Traian Basescu a nommé Catalin Predoiu au poste de Premier ministre par interim.
Catalin Predoiu, 43 ans, détenait le portefeuille de la Justice. Ancien membre du Parti libéral (opposition), il siégeait en tant qu'indépendant depuis son accession au poste de ministre en 2008.
"Il ne s'agit pas d'une manoeuvre mais d'une tentative nécessaire visant à restaurer la crédibilité du gouvernement", a assuré le chef de l'Etat, lui-même pris pour cible par le mouvement de contestation.
LEGISLATIVES
Malgré le froid piquant et la neige, des manifestants se sont de nouveau rassemblés lundi sur la place de l'Université à Bucarest, symbole d'espoir depuis la révolution de 1989 contre le régime communiste de Nicolae Ceausescu.
"Le premier obstacle a été franchi", pouvait-on lire sur une banderole, signe que les manifestants n'entendent pas baisser la garde à neuf mois d'élections législatives que l'opposition sociale libérale (USL), grande favorite du scrutin, souhaiterait voir avancées.
Les mesures d'austérité draconiennes adoptées par Emil Boc, dont la réduction d'un quart des salaires dans la fonction publique, ont été prises dans le cadre d'un accord conclu avec le FMI en 2009.
Selon des enquêtes d'opinion, les centristes du Parti démocrate-libéral (PDL) de Boc sont crédités de seulement 20 % des intentions de vote pour les prochaines législatives.
"J'ai pris cette décision pour apaiser les tensions sur le plan politique et social, mais aussi pour que les Roumains ne perdent pas ce qu'ils ont gagné", a expliqué Emil Boc dans une déclaration télévisée à l'issue d'un conseil des ministres.
Ce changement à la tête du gouvernement ne devrait pas affecter le programme d'aide du Fonds monétaire international (FMI) à la Roumanie, ont estimé lundi le FMI, la Banque mondiale et la Commission européenne dans un communiqué.
"Je ne vois pas pourquoi cette décision aurait un effet sur l'accord d'aide. Nous avons toutes les raisons de penser qu'il va continuer à être appliqué", a déclaré le chef de la mission du FMI à Bucarest, Jeffrey Franks.
Le FMI, qui vient de passer en revue l'application de la dernière tranche de l'accord de 20 milliards d'euros, a estimé dimanche que la Roumanie était sur la bonne voie.
Le communiqué commun du FMI, de la Banque mondiale et de la Commission européenne souligne toutefois la nécessité de réformes urgentes des entreprises publiques roumaines.
08-02-2012
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